Exposition de photographies d’Arnaud Claire, La Forêt céleste
Depuis des millénaires, les êtres humains portent leur regard vers le ciel pour y trouver les réponses à leurs inquiétudes terrestres et spirituelles. Au cœur du Mercantour dans la vallée des Merveilles, à l’âge du cuivre et du bronze soit entre 3300 et 1800 av. J.-C., des humains ont réalisé plus de 100 000 gravures sur des milliers de roches, certaines à peine visibles : formes élémentaires (cupules, cercles, spirales, lignes…), armes, outils et objets de cultes, divinités. Autant d’indices sur les préoccupations des populations agricoles mais aussi précieux témoignages sur leurs mythes cosmogoniques, comme l’affirme Henry de Lumley, préhistorien qui a étudié ces pétroglyphes. Et pour nous, une source inépuisable d’émerveillement et un questionnement sur notre manière d’être au monde.
Un jour, j’ai ramassé au pied du noyer majestueux gardant la vieille maison de mes beaux-parents, une feuille dont les éléments avaient réduit à presque rien le limbe. Seules restaient les nervures offrant ainsi à la vue le squelette de la feuille. En posant ma découverte sur une page blanche puis en projetant du pastel dessus, j’ai pu restituer ce qui avait disparu, redonner vie à la matière manquante. En retirant la feuille de noyer pour ne laisser que le pastel, le résultat ressemblait étrangement à un ciel étoilé, à une voute céleste.
Patiemment, j’ai ramassé d’autres feuilles de noyer et encore d’autres trésors, matière vivante que j’ai ensuite utilisée pour réaliser des photogrammes. Ce procédé photographique simple qui consiste à imprimer directement sur un papier sensibilisé l’empreinte laissée par l’objet déposé, permet de faire voir par contact.
Assemblées par 9, les photogrammes forment des œuvres qui composent un territoire parcouru physiquement et mentalement, le massif des Vosges. Depuis mon laboratoire photographique, au plus profond de ma demeure, j’« envisage » le monde.
